Le Québec a posé deux gestes en quinze jours qui semblent tirer dans des directions opposées. Le 19 juin 2026, la province lançait une Politique sur l'intégration nationale entièrement construite autour de la participation en français tout au long de la vie. Deux semaines plus tard, le 2 juillet, le Programme de l'expérience québécoise rouvrait — après avoir discrètement abandonné l'exigence voulant que votre diplôme provienne d'un programme d'études en français. Lus ensemble, ces deux gestes indiquent où s'en vont les exigences de français du Québec pour les étudiants internationaux : elles se détachent de la langue dans laquelle vous avez étudié pour se concentrer sur ce que vous savez réellement dire.
Qu'est-ce que la Politique sur l'intégration nationale ?
La Politique sur l'intégration nationale du Québec, intitulée Bâtir ensemble notre culture commune, est le cadre lancé par la province le 19 juin 2026 pour définir comment les personnes nouvellement arrivées et celles établies de longue date construisent une culture commune en français. Annoncée par Jean-François Roberge, ministre de la Langue française, elle découle de la Loi sur l'intégration à la nation québécoise et se déploie sur un horizon de dix ans.
La loi qui la sous-tend a été adoptée le 28 mai 2025. C'était la première fois que le Québec inscrivait un modèle d'intégration dans une loi, en désignant le français comme langue officielle et commune de l'intégration et en définissant la culture québécoise comme le terrain partagé auquel les nouveaux arrivants sont conviés.
La politique n'est pas une règle d'immigration. Elle ne modifie aucun programme de sélection, aucune voie vers la résidence permanente et aucune cible d'admission. Ce qu'elle fait, c'est énoncer noir sur blanc ce que la province attend de vous une fois que vous êtes arrivé.
En quoi consiste le parcours d'intégration nationale ?
La pièce maîtresse est le Parcours d'intégration nationale, conçu pour s'étendre sur toute une vie plutôt que sur une première année. Le gouvernement le décrit comme un accompagnement continu couvrant six dimensions de l'établissement — linguistique, culturelle, économique, communautaire, citoyenne et identitaire — réparties en quatre étapes progressives.
Il ne passe pas par un bureau d'immigration. Le Québec le fait transiter par les institutions que la population fréquente déjà :
- Les centres de la petite enfance
- Les écoles primaires et secondaires
- Les cégeps et les universités
- Les bibliothèques publiques
- Les organismes communautaires et les autres lieux de rassemblement
Si vous étudiez au Québec, votre cégep ou votre université est l'un de ces canaux de diffusion. C'est le sens concret d'une politique qui, autrement, reste abstraite.
La politique rompt aussi explicitement avec le modèle canadien du multiculturalisme. Plutôt que de présenter l'intégration comme la coexistence de cultures distinctes, le Québec la présente comme la participation à une seule culture publique commune, en français — une position que la province rattache à son statut de seul État francophone en Amérique du Nord.
Pourquoi le calendrier compte : le PEQ a rouvert la même semaine
Le 2 juillet 2026, à 8 h 30, heure de Montréal, le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) a rouvert à la réception des demandes dans Arrima, après avoir été aboli sans préavis le 19 novembre 2025. La période actuelle se termine le 31 octobre 2026, et le programme doit demeurer accessible jusqu'au 2 juillet 2028. Il n'y a aucun plafond quant au nombre de demandes reçues durant cette période.
L'admissibilité est figée au jour de la fermeture : vous devez avoir obtenu le diplôme québécois requis, ou accumulé l'expérience de travail québécoise requise, en date du 19 novembre 2025. Les volets, la date butoir et le portrait du traitement sont détaillés dans notre guide sur la réouverture du PEQ.
Ce que ce guide ne couvre pas, c'est le changement linguistique — et c'est précisément là que la stratégie se révèle.
Le PEQ exige-t-il encore d'avoir étudié en français ?
Non. L'exigence voulant que les personnes du volet Diplômés du Québec aient complété un programme d'études en français a été retirée. Les diplômes sont désormais admissibles peu importe la langue d'enseignement : un diplôme obtenu entièrement en anglais dans un établissement québécois vaut autant qu'un diplôme obtenu en français.
L'exigence de français, elle, n'a pas disparu. Elle s'est déplacée. Là où le Québec considérait l'inscription à un programme francophone comme une preuve suffisante, il vous demande maintenant de démontrer la compétence directement — exactement la logique que la Politique sur l'intégration nationale applique après l'arrivée.
Quel niveau de français faut-il réellement atteindre ?
Les niveaux se mesurent sur l'Échelle québécoise des niveaux de compétence en français, et non sur l'échelle des NCLC utilisée au fédéral. Pour le PEQ :
- Volet Diplômés du Québec : niveau 7 ou plus à l'oral, et niveau 5 ou plus à l'écrit
- Volet Travailleurs étrangers temporaires : niveau 7 ou plus à l'oral
- Époux, épouse ou conjoint de fait qui vous accompagne : niveau 4 ou plus à l'oral
Le Québec accepte les résultats du TCF, du TCF Canada, du TCF-Québec, du TEF, du TEF Canada, du TEFAQ, du DELF et du DALF. Les résultats doivent dater de deux ans ou moins à la date où vous présentez votre demande, et c'est le détail que l'on néglige le plus souvent : un test passé tôt dans un programme peut expirer avant même que le diplôme soit délivré.
Trois voies remplacent complètement le test :
- Un relevé de notes attestant au moins trois années d'études à temps plein effectuées entièrement en français
- Un permis valide délivré par un ordre professionnel du Québec
- Une attestation de réussite à un examen de l'Office québécois de la langue française passé dans les deux dernières années
Lisez cette première exemption attentivement. Trois années à temps plein correspondent à la durée d'un baccalauréat ou d'un DEC technique : une maîtrise de deux ans enseignée en français n'atteint donc pas le seuil à elle seule. Beaucoup d'étudiants aux cycles supérieurs devront tout de même fournir un résultat de test. Notre guide sur la maîtrise du français explique comment les niveaux se traduisent d'un système à l'autre.
Où les étudiants internationaux peuvent-ils apprendre le français gratuitement ?
Par Francisation Québec, le service provincial qui regroupe tous les cours de français financés par le gouvernement. Il s'adresse aux personnes nées à l'extérieur du Canada, âgées de 16 ans ou plus et qui habitent au Québec — ce qui inclut les résidents temporaires, et pas seulement les résidents permanents.
Si vous êtes ici avec un permis d'études, une condition encadre votre accès : votre inscription à un programme reconnu par le gouvernement du Canada doit constituer votre occupation principale. Les cours de français complètent vos études, ils ne les remplacent pas, et les suivre d'une manière qui évince votre programme principal met votre statut en péril.
Les formats sont pensés en fonction de cette contrainte :
- Cours à temps plein de 25 à 30 heures par semaine
- Cours à temps partiel de 4 à 24 heures par semaine
- Cours en ligne en autoformation
- Cours spécialisés par domaine d'emploi
Une aide financière est offerte aux personnes admissibles, y compris aux résidents temporaires. L'inscription se fait par le portail gouvernemental officiel, à quebec.ca/francisation.
Les formats à temps partiel et en ligne sont ceux qui conviennent à un étudiant à temps plein. Les entreprendre dès votre première session plutôt qu'à la dernière est la décision qui a le plus d'effet de levier, parce qu'un niveau 7 à l'oral ne s'acquiert pas en une session. Pour situer ce calendrier par rapport à votre permis d'études, consultez nos services aux étudiants.
Qu'est-ce qui pourrait changer après les élections d'octobre 2026 ?
Le Québec ira aux urnes en octobre 2026, et la Politique sur l'intégration nationale est un cadre de dix ans suivi au moyen d'une feuille de route que le gouvernement qualifie lui-même de dynamique. Un nouveau gouvernement pourrait en réviser, en retarder ou en remplacer des éléments.
La tendance de fond, elle, est plus durable que n'importe quelle politique. Le plan d'immigration 2026 du Québec vise 45 000 admissions permanentes tout en cherchant explicitement à réduire les volumes globaux, et son orientation affirmée est que les personnes sélectionnées par la voie économique arrivent avec une solide maîtrise du français parlé. Le versant sélection et le versant intégration pointent désormais dans la même direction.
Considérez les mécanismes précis comme modifiables, et l'exigence de français comme acquise.
Étapes à franchir maintenant
- 01Vérifiez si vous remplissiez déjà les conditions du PEQ en date du 19 novembre 2025, car la réouverture ne crée aucune nouvelle admissibilité.
- 02Retenez les deux dates : la période actuelle se termine le 31 octobre 2026, et le programme doit se poursuivre jusqu'au 2 juillet 2028.
- 03Déterminez votre niveau cible avant de réserver quoi que ce soit — oral 7 pour les deux volets, écrit 5 pour les diplômés, oral 4 pour un conjoint qui vous accompagne.
- 04Vérifiez la date de tout résultat de test de français que vous détenez déjà, puisqu'un résultat de plus de deux ans au dépôt ne sera pas accepté.
- 05Confirmez si votre relevé de notes atteste trois années d'études à temps plein entièrement en français, ce qui remplace l'exigence de test.
- 06Inscrivez-vous à Francisation Québec tôt dans votre programme plutôt que tard, en choisissant un format à temps partiel ou en ligne qui préserve vos études comme occupation principale.
DOCERE accompagne les étudiants internationaux au Québec sur le volet administratif d'un plan de français — situer les dates de test par rapport à l'échéance du 31 octobre, garder les relevés de notes et les documents en ordre, et assurer la liaison avec les avocats partenaires ou un consultant réglementé pour les démarches réglementées. Pour bâtir ce calendrier avant la fermeture de la période, commencez par une consultation gratuite.